# Chapitre 10 — Faire de l’éducation une priorité

## Donner à chacun les moyens de construire sa vie

Un enfant n’a pas choisi le revenu de ses parents, le quartier où il grandit ou les difficultés que traverse sa famille. Lorsqu’il entre à l’école, il doit pouvoir y trouver les moyens d’apprendre et de progresser.

C’est une responsabilité majeure de la République. Elle engage l’avenir de cet enfant, mais aussi celui du pays : les compétences dont nous disposerons, les découvertes que nous pourrons faire, les entreprises que nous saurons développer et notre capacité à comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Je veux que l’enseignement soit l’une des pierres angulaires de France 2040.

Cette priorité a une conséquence concrète. Les économies recherchées dans l’organisation publique ne doivent pas être transférées vers les étudiants et leurs familles. Le projet ne compte aucune économie fondée sur une hausse générale des droits d’inscription universitaires ou sur une baisse mécanique du financement public par étudiant.

Protéger l’éducation demande aussi de regarder ce qui se passe réellement dans les classes et les établissements. Les moyens doivent permettre de mieux apprendre, de mieux enseigner et de mieux accompagner. Leur utilité doit pouvoir être examinée, en tenant compte des élèves accueillis et des difficultés rencontrées.

## Agir avant que les difficultés s’installent

La lecture, l’écriture, l’expression orale et le calcul donnent accès à une grande partie des apprentissages suivants. Lorsqu’un enfant peine à comprendre une consigne ou un texte, sa difficulté peut se retrouver dans plusieurs matières et entamer sa confiance.

Notre première priorité doit donc être d’apporter une aide suffisamment tôt.

Au primaire, nous proposons de renforcer le repérage des difficultés et l’accompagnement qui le suit. Une évaluation n’a de sens que si elle permet à l’enseignant de mieux aider l’élève. Elle doit déboucher sur une réponse adaptée, puis sur une vérification des progrès.

Les modalités devront être construites avec les équipes : temps de soutien, travail en petits groupes lorsque cela est utile, ressources pédagogiques et recours aux compétences spécialisées nécessaires. Le nombre d’heures, les effectifs et les moyens humains devront être précisés et financés avant le déploiement.

L’objectif est que les difficultés repérées donnent lieu à une aide effective. Les familles doivent savoir ce qui est proposé, ce qui progresse et ce qui demande encore du travail. Un accompagnement compréhensible permet aussi de mieux coopérer avec elles, sans faire dépendre la réussite scolaire de leur capacité à payer un soutien extérieur.

## Permettre aux enseignants de se consacrer à leur métier

Cette ambition repose sur les femmes et les hommes qui enseignent et accompagnent les élèves au quotidien.

Leur demander davantage doit aller de pair avec des conditions de travail qui le permettent. La qualité de la formation, l’appui apporté aux équipes et le temps disponible pour préparer et suivre les apprentissages doivent faire partie des décisions sur les moyens.

La simplification administrative doit servir cette priorité. Une information déjà disponible devrait pouvoir être réutilisée. Une procédure devrait pouvoir être justifiée par son utilité. Le temps consacré à des tâches répétitives doit être examiné avec ceux qui les accomplissent.

Le dossier prévoit que les gains d’efficacité administrative de l’éducation et de la recherche soient prioritairement réinvestis dans leur qualité : enseignement, accompagnement, orientation, équipements et recherche. Il faudra en suivre l’utilisation pour vérifier qu’ils bénéficient effectivement au service rendu.

Les éventuelles revalorisations des personnels doivent être articulées avec le cadre général des rémunérations publiques. Une même dépense ne peut être annoncée dans plusieurs chapitres comme si elle finançait plusieurs engagements différents.

Cette cohérence doit permettre de présenter clairement ce qui relève des rémunérations, du recrutement, de l’organisation et des outils de travail, puis d’en apprécier les effets.

## Ouvrir les choix d’orientation

Choisir une formation engage plusieurs années de vie. Pour beaucoup de jeunes, cette décision arrive alors qu’ils connaissent encore peu les métiers et les parcours possibles.

France 2040 propose de renforcer la découverte professionnelle dès le collège. Les élèves devraient pouvoir rencontrer des professionnels, comprendre leur travail et découvrir des formations auxquelles leur entourage ne les aurait pas nécessairement exposés.

Cette découverte doit élargir les possibilités. Elle ne doit pas enfermer trop tôt un enfant dans une voie en fonction de ses résultats du moment ou de son milieu social.

L’orientation doit ensuite apporter des informations compréhensibles sur le contenu des études, leurs exigences, les possibilités de poursuite et les débouchés observés. Les familles ont aussi besoin de connaître les contraintes concrètes : logement, transport, matériel et éloignement éventuel.

L’apprentissage, les voies professionnelles et technologiques, l’université et les autres parcours du supérieur doivent être présentés avec la même exigence d’information. Chacun doit pouvoir comprendre ce qu’une formation permet d’apprendre et les perspectives qu’elle ouvre.

Des passerelles doivent également permettre de corriger un choix. Une réorientation peut être nécessaire lorsqu’un jeune découvre mieux ses aptitudes ou son projet. Son organisation doit éviter, autant que possible, de perdre les compétences déjà acquises.

## Étudier et entrer progressivement dans la vie professionnelle

Le chapitre précédent a présenté notre volonté de permettre une entrée plus précoce dans la vie contributive, sans raccourcir artificiellement les études.

L’alternance peut contribuer à cet objectif lorsque la formation s’y prête. Elle doit associer un enseignement de qualité, un travail réellement formateur et un accompagnement dans l’entreprise. Son intérêt doit s’apprécier à partir des compétences acquises et du parcours de l’étudiant.

Le développement de ces possibilités suppose de vérifier la qualité des places proposées et la capacité des établissements à les suivre. Il faut aussi tenir compte des formations dont les exigences se prêtent moins à cette organisation.

L’université conserve pleinement sa mission de formation, de transmission des connaissances et de développement de l’esprit critique. La préparation à la vie professionnelle y a sa place, avec la culture scientifique, les humanités et l’apprentissage du raisonnement.

La réforme de la formation professionnelle des adultes est déjà traitée au chapitre 7. Les actions présentées ici doivent s’articuler avec elle, en conservant une lecture unique des financements et des responsabilités.

## Protéger l’enseignement supérieur et la recherche

La capacité d’un pays à produire des connaissances se construit dans la durée. Elle dépend de la formation des chercheurs, des équipes, des équipements et de la possibilité de poursuivre un travail dont le résultat n’est pas toujours immédiat.

France 2040 considère l’enseignement supérieur et la recherche comme des investissements stratégiques protégés.

Les établissements doivent pouvoir développer des ressources complémentaires par la recherche contractuelle, la valorisation de leurs découvertes, la formation continue, les partenariats, le mécénat et les financements européens. Ces ressources ont vocation à renforcer leur qualité et leur capacité d’investissement. Elles ne doivent pas entraîner automatiquement une diminution équivalente du financement public.

Les partenariats doivent être organisés de manière à préserver l’intégrité scientifique, avec des règles claires sur les intérêts en présence, la propriété des résultats et leur publication. Leur apport doit pouvoir être apprécié sans réduire toute recherche à une recette commerciale attendue.

L’évaluation doit tenir compte de la nature des travaux et de leur horizon. Un résultat utile peut prendre la forme d’une connaissance nouvelle, d’une méthode, d’un outil ou d’une application qui demande encore du temps pour se développer.

## Utiliser le numérique lorsqu’il aide à apprendre

Le dossier prévoit des outils numériques et d’intelligence artificielle utiles à l’enseignement et à l’accompagnement.

Leur intérêt doit être démontré dans les usages. Ils peuvent être expérimentés pour préparer un travail, adapter certains exercices ou alléger une tâche répétitive. Les équipes doivent pouvoir apprécier ce qu’ils apportent, leurs limites et le temps nécessaire pour les utiliser correctement.

La formation des utilisateurs, l’accessibilité, la protection des données et la vérification des contenus doivent entrer dans cette évaluation. L’équipement, les abonnements, la maintenance et le renouvellement ont également un coût qui doit être connu.

Les élèves doivent apprendre à exercer leur jugement face à ces outils : vérifier une affirmation, reconnaître une source et expliquer un raisonnement. L’autonomie intellectuelle reste une finalité de l’enseignement.

## Faire correspondre les moyens aux engagements

Le dossier prévoit un plafond de travail de 5,8 milliards d’euros par an pour l’ensemble éducation et formation, comprenant plusieurs actions au-delà du seul champ scolaire. Ce montant doit être réparti et réconcilié avec les autres engagements du projet avant de devenir un programme de dépenses applicable.

Il ne représente donc ni une dotation intégralement réservée à l’école, ni une enveloppe que nous pourrions ajouter librement aux coûts déjà présentés. Les rémunérations publiques, la recherche, la formation des adultes et les outils communs doivent être suivis dans leurs périmètres respectifs, sans doubles comptes.

Le déploiement doit commencer par des priorités définies et financées. Pour chaque action, il faudra préciser les bénéficiaires, les moyens, la mise en œuvre et les résultats attendus. Les progrès des élèves, la continuité des parcours et la qualité de l’accompagnement doivent guider l’examen des résultats.

Cet examen doit tenir compte du point de départ. Une équipe accueillant des élèves en grande difficulté doit pouvoir faire reconnaître les progrès accomplis, même lorsque le niveau final reste à améliorer. Les indicateurs doivent aider à comprendre et à agir.

Faire de l’éducation une priorité engage ainsi des choix durables : intervenir tôt, soutenir les équipes, ouvrir les parcours et préserver la capacité de recherche. C’est donner à davantage de Français les moyens de choisir leur avenir et au pays les compétences nécessaires pour construire le sien.
