# Chapitre 7 — Le grand échange — moins taxer le travail, mieux rémunérer le travail

### Redonner au travail sa juste récompense

Le travail doit redevenir le premier moteur de l'amélioration du niveau de vie des Français.

Aujourd'hui, entre ce qu'une entreprise dépense pour rémunérer un salarié et ce que celui-ci reçoit réellement sur son compte bancaire, l'écart est considérable. Cet écart finance une partie essentielle de notre protection sociale. Il ne s'agit donc pas de le supprimer aveuglément, mais de le réduire en repensant son financement.

L'ambition de France 2040 est simple : permettre aux salariés de mieux vivre de leur travail tout en réduisant le coût de l'emploi pour les entreprises.

Nous proposons une réforme d'ampleur, reposant notamment sur une réduction progressive des prélèvements pesant sur les salaires, une refonte des cotisations patronales et une meilleure répartition du financement de notre modèle social.

Notre objectif est de porter le SMIC à 1 800 euros net mensuels, avec une nouvelle organisation du temps de travail, et d'améliorer sensiblement la rémunération des classes moyennes. Autour de 3 000 euros net mensuels, notre scénario le plus ambitieux envisage un gain pouvant atteindre 450 euros par mois. Les rémunérations plus élevées bénéficieraient d'une progression plus modérée, tandis que les entreprises profiteraient d'une réduction de leurs charges.

Ces montants constituent des objectifs de réforme, et non la promesse d'une augmentation identique pour chaque salarié. Le barème définitif devra tenir compte du niveau de rémunération, de la situation professionnelle et des équilibres de financement de la protection sociale.

L'effort envisagé est considérable. Notre scénario de transformation représente, à maturité, un choc économique de l'ordre de 92 milliards d'euros par an, réparti entre amélioration des revenus des salariés et réduction du coût du travail pour les employeurs.

Son financement doit reposer d'abord sur les économies structurelles et les ressources identifiées dans notre programme. Certaines réformes pourraient produire davantage d'économies que nos estimations prudentes, mais nous ne pouvons pas considérer ces gains supplémentaires comme acquis avant de les avoir constatés.

À cela pourrait s'ajouter un cercle vertueux : des entreprises plus compétitives, davantage d'emplois, une activité économique plus soutenue et, progressivement, des recettes publiques supplémentaires. Ces effets ne sont pas une garantie de financement initial. Ils représentent une possibilité d'accélérer la transformation si les résultats sont au rendez-vous.

C'est pourquoi cette réforme devra être déployée progressivement, en fonction des économies effectivement réalisées et de la solidité des finances publiques.

Nous ne voulons pas promettre aux Français des augmentations financées par une croissance imaginaire. Nous voulons créer les conditions pour qu'ils gagnent davantage, que leurs entreprises puissent embaucher et que notre modèle social demeure solide.

Le véritable changement est là : faire en sorte que le travail enrichisse davantage celui qui l'accomplit, sans pénaliser celui qui le crée.

### Un syndicalisme indépendant, financé par ses adhérents

France 2040 propose de mettre fin au financement obligatoire des organisations syndicales de salariés et des organisations patronales par des contributions imposées aux entreprises.

Ces organisations doivent pouvoir défendre librement leurs convictions et leurs adhérents, mais leur fonctionnement propre doit reposer sur l'adhésion volontaire et les cotisations de ceux qu'elles représentent.

La contribution patronale légale au dialogue social serait supprimée, tout comme les subventions publiques destinées au fonctionnement propre des organisations. Les contributions conventionnelles obligatoires de branche feraient l'objet d'une réforme spécifique.

Les missions d'intérêt général qui nécessitent une organisation collective, notamment certaines fonctions de gestion paritaire, seraient identifiées séparément afin d'assurer leur continuité dans un cadre transparent et financièrement maîtrisé.

Cette réforme renforcerait l'indépendance des organisations à l'égard des pouvoirs publics, tout en respectant la liberté syndicale et le droit des salariés à être représentés.

### Mieux payer sans pénaliser les entreprises

Porter le SMIC à 1 800 euros net ne doit pas se traduire par une augmentation brutale du coût du travail pour les entreprises.

C'est pourquoi France 2040 propose une réforme d'ensemble, et non une simple augmentation du salaire minimum. La revalorisation des bas salaires s'accompagnera d'une adaptation des cotisations patronales destinée à limiter au maximum son coût pour les employeurs.

Lorsque subsistera un surcoût sur les rémunérations les plus faibles, celui-ci devra être compensé, à l'échelle du dispositif, par des allègements plus importants sur les autres niveaux de salaire, tout en prévoyant une protection adaptée aux entreprises employant principalement des salariés proches du SMIC.

Notre objectif est double : augmenter sensiblement le revenu de ceux qui travaillent et réduire globalement le coût du travail pour ceux qui créent les emplois.

Les mécanismes de compensation, les hypothèses de financement et les simulations détaillées figurent dans le dossier technique de France 2040.

Ce qui importe ici, c'est le principe : le progrès du pouvoir d'achat des salariés et la compétitivité des entreprises ne doivent plus être considérés comme deux objectifs opposés. Ils doivent devenir les deux résultats d'une même réforme.

### Ne pas oublier ceux qui gagnent un peu plus que le SMIC

Augmenter le salaire minimum est nécessaire. Mais ce serait une erreur de s'arrêter là.

Dans notre pays, beaucoup de salariés ont le sentiment que leurs efforts ne sont pas suffisamment récompensés. Ils ont acquis de l'expérience, accepté davantage de responsabilités, parfois changé de métier ou suivi des formations. Pourtant, une fois les prélèvements déduits, l'écart entre leur rémunération et celle d'un débutant reste parfois décevant.

Ce sentiment ne signifie pas que le SMIC serait trop élevé. Il signifie que la progression salariale ne récompense pas toujours suffisamment l'expérience, les compétences et les responsabilités.

C'est pourquoi France 2040 ne propose pas seulement une revalorisation des bas salaires. Notre ambition est de redonner de la valeur à toute la progression professionnelle.

Un salarié qui gagne 2 000 ou 2 500 euros net doit pouvoir constater une amélioration sensible de son pouvoir d'achat. Celui qui atteint 3 000 euros net, après plusieurs années de travail et de responsabilités, ne doit pas être oublié au motif qu'il gagnerait déjà suffisamment sa vie.

Notre scénario prévoit ainsi une amélioration progressive des revenus du travail, avec un effort particulièrement marqué en faveur des classes moyennes. Les gains les plus importants pourraient atteindre environ 450 euros nets mensuels autour de 3 000 euros de rémunération nette, selon les modalités définitives de la réforme.

Cette ambition s'accompagne d'une réduction du coût du travail pour les entreprises. Il ne s'agit pas de leur demander de financer seules l'amélioration des rémunérations, mais de réorganiser les prélèvements pour que davantage de richesse produite revienne à ceux qui travaillent et que l'emploi coûte moins cher.

Le détail des barèmes et des mécanismes de compensation relève du dossier technique. Le principe, lui, est simple : progresser professionnellement doit aussi permettre de progresser financièrement.

Car une société dans laquelle les efforts, les qualifications et les responsabilités ne se traduisent plus suffisamment sur la fiche de paie finit par décourager ceux dont elle a pourtant le plus besoin.

### Travailler autrement : 40 h 30 et six semaines de congés payés

En France, la question du temps de travail provoque presque immédiatement des réactions passionnées. Pour certains, travailler davantage serait indispensable à notre prospérité. Pour d'autres, ce serait revenir sur un progrès social durement acquis.

Je crois que nous devons sortir de cette opposition.

La vraie question n'est pas de savoir si les Français travaillent assez. Elle est de savoir comment mieux organiser notre travail, mieux le rémunérer et permettre à nos entreprises de retrouver les moyens de se développer.

Les 35 heures ont été instaurées dans un contexte économique et social particulier. Elles répondaient notamment à l'idée qu'une réduction du temps de travail pourrait favoriser le partage de l'emploi. Mais notre pays doit aujourd'hui affronter d'autres défis : une concurrence internationale intense, le financement de sa protection sociale, le vieillissement de sa population et la nécessité de produire davantage de richesses.

Cela ne signifie pas qu'il faudrait demander aux Français de travailler toujours plus, sans contrepartie.

France 2040 propose un nouveau pacte : porter la durée légale hebdomadaire à 40 heures et 30 minutes, tout en garantissant six semaines de congés payés par an.

Ce changement ne doit pas être considéré isolément. Il accompagne une réforme profonde des rémunérations et des prélèvements sociaux. Notre ambition est que les salariés gagnent sensiblement mieux leur vie, pendant que les entreprises bénéficient d'une réduction globale du coût du travail.

Travailler davantage doit avoir un sens. Et ce sens, c'est d'abord de mieux vivre de son travail.

Il faut également regarder la réalité en face : beaucoup de Français travaillent déjà plus de 35 heures. Les cadres, les indépendants, les chefs d'entreprise et de nombreux salariés connaissent des semaines particulièrement chargées. À l'inverse, certains métiers sont physiquement éprouvants, et les contraintes d'organisation diffèrent considérablement d'une profession à l'autre.

C'est pourquoi nous ne prétendons pas qu'une augmentation de la durée légale de 35 à 40 h 30 entraînerait mécaniquement une augmentation équivalente du travail réellement effectué. Les horaires habituels, les congés, les jours de repos et les organisations propres à chaque secteur doivent être pris en compte.

La sixième semaine de congés payés constitue une contrepartie collective importante. Elle doit permettre aux salariés de disposer de davantage de temps pour leur famille, leurs proches et leurs projets personnels.

Les jours de RTT directement liés à l'ancienne durée légale de 35 heures n'auraient plus la même justification. En revanche, les organisations annualisées et les conventions de forfait pourraient conserver les jours de repos nécessaires au respect des durées maximales de travail et des obligations de repos.

Au-delà de 40 h 30 hebdomadaires, les heures travaillées resteraient des heures supplémentaires, avec les majorations applicables. France 2040 propose de les exonérer d'impôt sur le revenu, tout en maintenant les cotisations sociales correspondantes.

Cette réforme ne doit pas non plus conduire à ignorer la pénibilité, la santé au travail ou les difficultés propres à certains métiers. Travailler dans un bureau, sur un chantier, dans un établissement de soins ou dans une usine ne représente pas toujours les mêmes contraintes. Les protections nécessaires doivent être préservées.

Pour les entreprises, l'enjeu est de disposer d'une organisation du travail plus souple, d'améliorer leur capacité de production et de réduire leur coût horaire lorsque les gains d'activité le permettent.

Pour les salariés, l'enjeu est de retrouver une véritable progression de leur pouvoir d'achat, sans renoncer au repos et à la vie personnelle.

Et pour notre pays, l'enjeu est plus large encore : produire davantage de valeur, renforcer notre compétitivité et retrouver les moyens de financer durablement notre modèle social.

Il ne s'agit donc pas simplement de remplacer les 35 heures par 40 h 30.

Il s'agit de proposer un nouvel équilibre entre le temps consacré au travail, la rémunération de cet effort et le temps que chacun doit pouvoir consacrer à sa vie.

Nous ne voulons pas que les Français vivent pour travailler. Nous voulons qu'ils puissent mieux vivre grâce à leur travail.

### Redonner aux entreprises les moyens de produire, d'investir et d'embaucher

Nous demandons beaucoup à nos entreprises.

Nous attendons d'elles qu'elles créent des emplois, qu'elles augmentent les salaires, qu'elles investissent, qu'elles innovent, qu'elles forment leurs salariés et qu'elles participent au financement de notre modèle social.

Toutes ces attentes sont légitimes. Mais encore faut-il leur donner les moyens d'y répondre.

Lorsqu'une entreprise embauche un salarié, elle ne supporte pas seulement le salaire qui lui est versé. Elle doit également acquitter des cotisations et des contributions qui augmentent le coût total de cet emploi.

Ces prélèvements financent des protections essentielles. Il ne s'agit pas de nier leur utilité. Mais leur accumulation peut créer un décalage considérable entre ce que coûte un salarié à son employeur et ce qu'il reçoit réellement sur son compte bancaire.

C'est précisément ce décalage que France 2040 entend réduire.

Notre projet repose sur une conviction simple : une entreprise doit pouvoir mieux rémunérer ses salariés sans que chaque augmentation de salaire se transforme en une charge disproportionnée.

Prenons l'exemple d'une petite entreprise du bâtiment.

Son dirigeant souhaite augmenter un salarié expérimenté pour reconnaître son travail et le fidéliser. Il aimerait également recruter une personne supplémentaire afin de répondre à de nouvelles commandes.

Mais il doit aussi financer ses véhicules, son matériel, ses assurances, ses locaux et les investissements nécessaires à son activité. Il sait qu'une période plus difficile peut survenir et qu'il devra malgré tout continuer à payer les salaires.

Dans ces conditions, chaque euro compte.

Si la réforme lui permet de mieux rémunérer son équipe tout en réduisant globalement son coût salarial, elle lui redonne une liberté de décision.

Il peut choisir de renforcer sa trésorerie, d'investir dans de nouveaux équipements, de proposer des augmentations supplémentaires ou de recruter.

Ces décisions ne seront pas identiques dans toutes les entreprises. Une société industrielle pourra privilégier l'achat d'une machine. Un artisan pourra investir dans un véhicule ou embaucher un apprenti. Une entreprise de services pourra développer son activité ou améliorer la rémunération de ses collaborateurs.

L'essentiel est de leur rendre des capacités d'action.

Cette logique est particulièrement importante pour les petites et moyennes entreprises. Elles ne disposent pas toujours des réserves financières, des équipes administratives ou des possibilités d'organisation des grands groupes. Une réforme efficace doit tenir compte de cette réalité, notamment pour les entreprises qui emploient principalement des salariés proches du SMIC.

La nouvelle organisation du temps de travail participe du même objectif.

Avec une durée légale portée à 40 heures et 30 minutes et six semaines de congés payés, France 2040 propose de revoir l'équilibre entre le temps travaillé, la rémunération et les périodes de repos.

Selon les métiers et les organisations existantes, cette évolution pourra permettre une meilleure utilisation des équipements, une augmentation des capacités de production ou une plus grande souplesse dans la réponse aux commandes.

Mais elle n'aura pas partout les mêmes effets.

Une entreprise qui fonctionne déjà avec des horaires étendus ne gagnera pas mécaniquement cinq heures et demie de production par salarié. Une activité dont la demande est insuffisante ne vendra pas davantage simplement parce que ses salariés peuvent travailler plus longtemps.

La compétitivité ne se décrète pas. Elle se construit.

Elle dépend du coût du travail, mais aussi de la qualité des produits, de la formation, de l'innovation, de l'énergie, des infrastructures et de la capacité des entreprises à trouver des clients.

Notre réforme ne prétend donc pas résoudre à elle seule toutes les difficultés de l'économie française.

Elle entend agir sur un obstacle majeur : le poids des prélèvements qui pèsent sur le travail et limitent les possibilités de mieux rémunérer, d'investir et d'embaucher.

L'enjeu dépasse d'ailleurs les seules entreprises.

Lorsqu'un produit fabriqué en France devient plus compétitif, il peut retrouver des débouchés sur notre marché ou à l'exportation. Lorsqu'une entreprise investit, elle fait travailler d'autres entreprises. Lorsqu'elle développe son activité, elle peut créer des emplois et de nouvelles perspectives professionnelles.

C'est ainsi qu'un cercle vertueux peut apparaître.

Mais je tiens à distinguer ce que nous décidons de ce que nous espérons.

La réduction des prélèvements sur le travail est une mesure que nous pouvons financer et organiser. Les créations d'emplois, les investissements supplémentaires et les gains de croissance sont des effets attendus, pas des recettes garanties.

C'est pourquoi France 2040 ne finance pas ses réformes avec une croissance future supposée. Leur équilibre repose d'abord sur des ressources structurelles identifiées dans notre dossier technique.

Si la croissance et l'emploi progressent davantage grâce à ces transformations, ce sera un bénéfice supplémentaire pour notre pays. Pas une condition nécessaire pour payer les engagements pris.

Au fond, notre ambition est de sortir d'une contradiction française : vouloir des salariés mieux payés et des entreprises plus fortes, tout en conservant un système qui rend souvent difficile la poursuite simultanée de ces deux objectifs.

Je refuse de considérer que l'intérêt du salarié et celui de l'entreprise seraient nécessairement opposés.

Une entreprise qui ne peut plus investir finit par fragiliser ses emplois. Un salarié qui ne voit jamais son pouvoir d'achat progresser perd confiance dans la valeur de son travail.

Nous avons besoin des deux.

France 2040 veut faire du travail mieux rémunéré et de l'entreprise plus compétitive les deux moteurs d'une même prospérité.

### Faire du retour à l'emploi une véritable perspective

Avoir un emploi ne devrait pas être seulement une manière de gagner sa vie. Ce devrait être aussi une possibilité de progresser, de retrouver de l'autonomie, de développer ses compétences et de construire son avenir.

Pourtant, cette perspective n'est pas toujours aussi évidente qu'elle devrait l'être.

Lorsqu'une personne retrouve un travail après une période de chômage, elle doit parfois réorganiser toute sa vie. Il faut financer les déplacements, trouver une solution de garde pour les enfants, adapter ses horaires et, dans certains cas, accepter un emploi éloigné de son domicile.

À ces difficultés s'ajoute une interrogation très concrète : une fois les dépenses supplémentaires et les éventuelles pertes de prestations prises en compte, combien restera-t-il réellement à la fin du mois ?

Cette question mérite une réponse sérieuse.

Je ne partage pas l'idée selon laquelle les personnes privées d'emploi seraient, par principe, moins courageuses ou moins désireuses de travailler que les autres. Le chômage peut résulter d'une fermeture d'entreprise, d'un problème de santé, d'une difficulté familiale, d'un manque de qualification ou simplement de l'absence d'emplois accessibles à proximité.

Mais je considère tout aussi essentiel que notre système encourage clairement le retour à l'activité.

Reprendre un emploi doit permettre une amélioration réelle et perceptible de sa situation.

C'est l'un des objectifs de France 2040.

En portant le SMIC à 1 800 euros net et en améliorant les rémunérations au-delà du salaire minimum, notre projet entend rendre le travail financièrement plus attractif.

Il ne s'agit pas de fragiliser ceux qui traversent une période difficile, mais de renforcer les perspectives de ceux qui peuvent reprendre une activité.

Cette ambition ne se résume cependant pas à une fiche de paie.

Une personne qui ne possède pas les qualifications recherchées par les entreprises ne retrouvera pas nécessairement un emploi parce que les salaires augmentent. Un parent qui ne dispose d'aucune solution de garde ne pourra pas toujours accepter les horaires proposés. Et un salarié dont le métier disparaît doit pouvoir se former à une autre activité.

C'est pourquoi le retour à l'emploi doit aussi reposer sur des formations utiles, un accompagnement adapté et une meilleure connaissance des besoins réels des entreprises.

Trop souvent, nous raisonnons séparément : d'un côté, les personnes qui recherchent un emploi ; de l'autre, les entreprises qui peinent à recruter.

Or ces deux difficultés peuvent parfois exister sur un même territoire.

La réponse ne consiste pas simplement à multiplier les dispositifs administratifs. Elle consiste à mieux rapprocher les compétences disponibles, les formations proposées et les emplois effectivement recherchés.

L'accompagnement doit être plus individualisé. Certains demandeurs d'emploi peuvent retrouver rapidement une activité avec une aide limitée. D'autres ont besoin de temps, d'une formation ou d'un soutien plus important pour surmonter des obstacles réels.

Traiter toutes les situations de manière identique serait aussi inefficace qu'injuste.

Le rôle des pouvoirs publics doit être de faciliter ces transitions, de protéger les personnes qui en ont besoin et de rendre les parcours professionnels moins fragiles.

Pour les entreprises, la réduction du coût du travail peut également rendre certains recrutements plus accessibles. Elle peut les encourager à former des salariés, à développer de nouvelles activités ou à donner leur chance à des candidats dont le parcours n'est pas parfaitement linéaire.

Ces effets ne seront ni immédiats ni automatiques. Ils dépendront de la situation économique, des besoins des entreprises et de la qualité de l'accompagnement proposé.

C'est pourquoi France 2040 ne comptabilise pas à l'avance les emplois supplémentaires ni les économies éventuelles sur les prestations de chômage pour financer ses réformes.

Nous devons d'abord mettre en place les conditions du changement. Puis mesurer les résultats.

Car le véritable indicateur de réussite ne sera pas seulement le nombre de personnes sorties des statistiques du chômage. Ce sera le nombre de Français ayant retrouvé un emploi durable, une rémunération satisfaisante et de réelles possibilités d'évolution.

Notre ambition n'est pas simplement de faire travailler davantage de Français. Elle est de permettre à davantage de Français de vivre dignement de leur travail et de construire leur avenir grâce à lui.

### Réformer la formation professionnelle : financer des compétences, pas des illusions

Chaque année, la France consacre des moyens considérables à la formation professionnelle. Cet investissement est indispensable dans une économie où les métiers évoluent, où les technologies progressent et où certains secteurs peinent à recruter.

Mais investir dans la formation ne suffit pas. Encore faut-il s'assurer que cet argent est utile.

Je souhaite que France 2040 mette fin à une logique trop répandue : considérer qu'une formation mérite un financement public simplement parce qu'elle existe, qu'elle dispose d'un catalogue séduisant ou qu'elle a obtenu une certification administrative.

Une formation financée par la collectivité doit démontrer son intérêt.

Cela ne signifie pas que chacun devrait obligatoirement se former à un métier en tension. La formation doit aussi permettre de progresser dans son emploi, de changer de profession, de créer une entreprise ou d'acquérir des compétences nouvelles.

En revanche, lorsque l'argent public intervient, il est légitime d'exiger des résultats.

Prenons quelques exemples.

Une formation à la poterie peut parfaitement avoir du sens pour une personne qui prépare un véritable projet d'installation artisanale, avec une étude de marché et des perspectives commerciales sérieuses.

Mais pourquoi financer sans examen une formation de loisir présentée comme une reconversion professionnelle, alors qu'aucun projet économique crédible ne l'accompagne ?

De la même manière, je ne vois aucune raison pour que la collectivité finance des formations de sourcier reposant sur des pratiques dont l'efficacité n'est pas scientifiquement démontrée.

Quant aux formations de naturopathie, elles ne devraient pas bénéficier d'un financement public sur la base de promesses thérapeutiques non validées scientifiquement.

La liberté de chacun de suivre ces formations à ses frais n'est pas en cause. Ce qui est en cause, c'est l'utilisation de l'argent collectif.

France 2040 propose donc de conditionner les financements publics de la formation professionnelle à une évaluation exigeante de leur utilité.

Cette évaluation devra notamment tenir compte de la qualité pédagogique, de la réalité des compétences acquises, des débouchés professionnels, des possibilités de reconversion et, lorsque cela est pertinent, des résultats obtenus par les anciens stagiaires.

Les organismes de formation devront être évalués sur leurs résultats, et non uniquement sur leur conformité administrative.

Une formation conduisant régulièrement à des emplois durables, à une progression professionnelle ou à des créations d'entreprise viables aura toute sa place.

À l'inverse, les formations dont l'utilité professionnelle n'est pas démontrée, qui reposent sur des affirmations trompeuses ou qui accumulent les résultats décevants ne devront plus pouvoir bénéficier automatiquement de financements publics.

Il faudra naturellement tenir compte des différences entre les publics. Un organisme qui accompagne des personnes très éloignées de l'emploi ne peut pas être jugé exactement comme celui qui forme des salariés déjà qualifiés. Les résultats devront être appréciés en fonction des situations de départ.

La réforme devra également renforcer la lutte contre les pratiques commerciales abusives et les organismes qui considèrent les dispositifs de financement comme une manne financière plutôt que comme un moyen de transmettre des compétences.

Je ne veux pas que la formation professionnelle devienne un marché où la capacité à vendre une formation compte davantage que sa capacité à changer une vie.

Je veux qu'elle redevienne ce qu'elle devrait toujours être : un investissement dans les personnes, leurs compétences et leur avenir.

L'argent public doit financer des perspectives réelles, pas des promesses sans lendemain.

### Réconcilier la France avec le travail

Il existe une forme de découragement particulièrement dangereuse pour un pays : celle qui s'installe lorsque les efforts ne semblent plus produire les résultats espérés.

Lorsqu'un salarié travaille sérieusement, prend des responsabilités et voit pourtant son pouvoir d'achat progresser trop lentement. Lorsqu'un chef d'entreprise développe son activité, mais hésite à embaucher parce qu'il ne sait pas s'il pourra supporter durablement le coût d'un emploi supplémentaire. Lorsqu'une personne souhaite changer de métier, mais peine à trouver une formation qui lui ouvre réellement des perspectives.

Ces situations sont différentes. Elles traduisent pourtant un même problème : notre organisation économique ne récompense pas toujours suffisamment l'effort, l'initiative et la prise de responsabilité.

C'est cette mécanique que France 2040 veut transformer.

Je ne crois pas qu'un pays puisse retrouver durablement confiance en lui si ceux qui travaillent ont le sentiment de ne jamais avancer. Je ne crois pas davantage qu'il puisse prospérer en considérant ses entreprises uniquement comme des sources de prélèvements.

Nous avons besoin de salariés qui puissent vivre dignement de leur travail, de chefs d'entreprise qui osent investir et de personnes qui retrouvent dans l'activité professionnelle une perspective d'avenir.

Cela suppose de changer notre manière de raisonner.

Pendant trop longtemps, nous avons opposé des objectifs qui devraient pourtant se renforcer mutuellement : les salaires et la compétitivité, la protection sociale et l'emploi, le temps de travail et la qualité de vie.

Ces équilibres ne sont pas faciles à construire. Ils exigent des choix, des financements solides et une mise en œuvre progressive. Mais leur difficulté ne justifie pas l'immobilisme.

France 2040 propose un autre chemin : mieux rémunérer le travail, alléger les prélèvements qui le pénalisent, donner davantage de liberté d'action aux entreprises et faire de la formation un véritable outil de progression professionnelle.

Ce projet ne repose pas sur la promesse que tout ira mieux du jour au lendemain.

Il repose sur une méthode : financer les engagements pris avec des ressources identifiées, appliquer les réformes avec rigueur, mesurer leurs résultats et corriger ce qui doit l'être.

Car le travail ne constitue pas seulement une ligne sur une fiche de paie ou une dépense dans les comptes d'une entreprise.

Il est aussi ce qui permet de gagner son indépendance, de transmettre un savoir-faire, de participer à une œuvre collective et de préparer l'avenir de sa famille.

Je voudrais que les jeunes générations puissent entrer dans la vie active avec une conviction simple : leurs efforts pourront réellement améliorer leur existence.

Je voudrais aussi qu'une personne qui travaille depuis vingt ou trente ans puisse regarder son parcours avec la satisfaction d'avoir progressé, plutôt qu'avec le sentiment d'avoir couru sur place.

Nous ne construirons pas la France de 2040 en demandant toujours davantage à ceux qui travaillent, sans leur offrir de perspectives nouvelles.

Nous la construirons en leur redonnant les moyens de réussir.

Le travail doit redevenir une promesse de progrès. Pour celui qui l'accomplit, pour l'entreprise qui le rend possible et pour le pays tout entier.
